- Le disque est dédié à  la mémoire de Pierre Falardeau et de MCA?

«Mets les Beastie Boys et Pierre Falardeau dans un blender et ça donne Loco Locass, d'une certaine manière !»

- Il y a trois phrases dans l'album avec lesquelles on peut tracer un lien qui semble être une thématique importante du nouveau disque : «Le Québec est mort, vive le Québec !», «Je me souviens que je ne veux plus mourir» et «Soit on s'évanouit, soit on s'épanouit». Vous semblez dire que l'on se trouve à un carrefour...

«Effectivement, on est convaincus qu'il y a quelque chose qui doit mourir au Québec, une certaine vision qui, si elle continuait, nous ferait mourir. Et on ne parle pas juste de la vision des Libéraux. On parle d'une certaine vision de la société, dont nous avons tous profité, soi dit en passant. Ce qui ce passe au Québec en ce moment, ce retour du collectif qui a été initié ailleurs dans le monde, participe à ce même constat. Et curieusement, même si c'est un disque qui se trouve à bien des égards en phase avec l'actualité, il a été écrit avant les événements de ce printemps.» 

- Et après avoir posé la question de la mort du Québec, vers la fin de l'album, il y a la pièce Les Géants qui se termine par la naissance, dans un cri grandiose, d'un Québec souhaité...

«En fait, le Québec que l'on crie à la fin des Géants, il n'est pas seulement souhaité, il est proclamé! Il y a une libération de la parole qui se retrouve dans ce disque-là qui se retrouve également dans les rues de Montréal en ce moment. L'acte de naissance du Québec, il passe par la libération de la parole. C'est extrêmement important. Pour moi, il est déjà là le Québec.»

- Le portrait social, l'état de l'engagement et de la contestation au Québec ont complètement changé depuis la sortie d'Amour oral. Lorsque vous avez vu cette montée de l'indignation durant les quatre derniers mois, est-ce que vous avez eu peur que le disque ne soit pas assez en phase avec le vent de mécontentement actuel?

«On aurait peut-être été déphasé si on avait continué à faire ce qu'on savait bien faire, comme chroniquer l'actualité, par exemple. Mais la perspective qu'il y a dans ce disque-là, le recul qu'on a pris, le vrai désir de parler à nouveau qu'on a attendu d'avoir, fait en sorte qu'il ne pouvait pas être à côté de la plaque. Mais peu importe le contexte, on était tellement content de juste enfin sortir ce disque-là... Et le titre de l'album voulait souligner davantage une tendance de fond qu'un simple clin d'oeil à l'actualité.»

- Tu as incarné le chanteur des Colocs au cinéma dans Dédé à travers les brumes. Pourtant, contrairement à d'autres qui auraient tout fait pour passer à autre chose, pour ne pas être stigmatisé, toi tu y fais même référence sur le disque dans la pièce «Occupation double». Ça a été une expérience importante?

«Ca été une expérience vraiment déterminante dans ma vie. Mais j'ai toujours refusé les propositions de spectacles en hommage aux Colocs. Je crois que le plus grand hommage que l'on peut faire à la mémoire des Colocs et de Dédé Fortin, c'est d'essayer de prolonger ce qu'ils ont fait. Les Colocs sont morts, mais Loco Locass est vivant. Dédé m'a transformé pendant les deux ans où j'ai trempé dans son univers, et ç'a été très très important pour moi musicalement et comme parolier. Sa présence m'accompagnait même dans certains textes que j'ai écrits. Je trouve que la mort de Dédé Fortin parle beaucoup du Québec... La maladie mentale au Québec, c'est quelque chose qui concerne seulement l'individu. Il n'y a aucun rapport qui est fait à la collectivité et je trouve ça très problématique. Ça faisait partie de ce que je voulais dire et explorer dans ce disque-là.» 

«Le Québec est mort, vive le Québec» est en magasin depuis le 12 juin. Le groupe donnera un spectacle gratuit aux Francofolies le 15 juin et à Québec pour le spectacle de la Fête nationale sur les Plaines d'Abraham le 23 juin.

Au cinéma, dans les prochains mois, on verra Sébastien Ricard dans «Avant que mon coeur bascule» de Sébastien Rose et dans «Une jeune fille», de Catherine Martin, à l'automne. 

À la télévision, il a participé au tournage d'En thérapie, une adaptation d'une populaire série américaine mettant en vedette François Papineau, que diffusera TV5 à l'automne.